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Mercredi 1 février 2012 3 01 /02 /Fév /2012 13:13

Black-Hole--couv.jpg

"La crève", c'est ainsi que les adolescents appellent l'étrange maladie qui les frappe, et dont les symptômes sont totalement imprévisibles. Chaque victime devient hideuse à sa façon. Sexuellement transmissible, la crève est aussi irréversible.

 

Une  des particularités du trait de Charles Burns est sa précision remarquable, pour ce qui est beau comme pour ce qui est atroce. D'où l'efficacité de son récit, dans lequel les histoires tendres de quelques adolescents prennent une tournure féroce.  La maladie qu'il décrit est-elle une métaphore du sida, de la puberté, des effets de la prise de produits hallucinogènes, dont les protagonistes sont friands ? Ces trois hypothèses sont plausibles, et donnent à cette histoire, qui se déroule dans les années 1970, une dimension d'actualité. Si l'on ne sort pas aussi dévasté que ces ados, on est marqué par la force de ce voyage souvent intimiste, où les rêves et les récits à la première personne sont fréquents.

 

C'est un excellent choix que le noir et blanc. La couleur aurait frôlé l'insupportable dans certaines scènes, et la très forte présence du noir met immédiatement dans l'ambiance. L'auteur alterne avec talent un découpage classique et d'autres plus ambitieux. L'effort de personnalisation des annonces de chapitre achève de faire de cette bd un véritable roman graphique. C'est toutefois presque trop par moments ; certaines titres sont limite illisisbles (mais cet effet reste très marginal). Les flash-back, légèrement trop fréquents, cassent un peu le rythme de lecture.

 

On garde de cette bande-dessinée une sensation douce-amère et une impression de familiarité avec ses personnages. Le dernier Interpol (album éponyme) s'écoute très bien avec. Le seul risque est de ne plus pouvoir les dissocier l'un de l'autre, tant ils recèlent une mélancolie semblable.

 

A éviter avant 15 ans (et encore, ça me paraît presque trop jeune).

Black-Hole--case.jpg

Black Hole, de Charles Burns (scénario et dessins), Guy Delcourt Production, 2008, Luçon.

Par B'sC - Publié dans : Derniers coups de coeur
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