Maus, d'Art Spiegelman

Publié le par B'sC

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Art Spiegelman se met en scène. Il demande à son père de lui raconter sa déportation. Il y a donc deux histoires en une : celle de l’Holocauste vécue par Vladeck Spiegelman, et celle d’Art Spiegelman face à son père. Celui-ci est impossible à vivre parce que terriblement avare, mais Art a pour lui beaucoup d’admiration. Comment comprendre et transcrire l’Holocauste à partir de l’histoire de sa famille, en particulier de ses parents, et survivre à cette histoire ? Il nous livre à la fois l’horreur vécue par son père et ses propres difficultés à se construire face à un tel passé.

Maus est donc difficilement classable. C’est à la fois un roman historique, une compilation de mémoires, une double biographie, une mise en abyme (puisque l’auteur se met en scène)… C’est, comme l’indique le sous-titre, « a survivor’s tale », peut-être même pourrait-on dire « a survivors’ tale ».

C’est un récit terriblement humain. Parce qu’on voit à la fois celui qui raconte l’histoire et celui qui la dessine, on prend conscience de toute la difficulté de ce travail de mémoire. Comment survivre aux souvenirs mêmes, après l’horreur ? Comment dessiner ce  qu’on n’a pas vécu, et dont peu sont revenus ? Que faire de cet héritage ? Y a-t-il un message à délivrer ? La force de Maus est de ne pas apporter de réponses définitives. Art Spiegelman reste dans le doute mais ne tombe jamais dans le mélodrame ni dans la caricature. Le récit semble être le plus objectif possible, mais on ne peut s’empêcher d’aimer avec les personnages, de souffrir avec eux… Peut-être justement parce que l’on ne suffoque pas sous le poids de la douleur. Il serait sans doute difficilement supportable, pour le lecteur, d’aller plus loin dans l’expression de la douleur et de l’horreur…

En choisissant l’anthropomorphisme, en particulier les souris, Art Spiegelman a fait le choix de la pudeur. Les sentiments se lisent sur les visages, mais juste assez – on remarque des cernes, on lit l’expression des yeux… Des visages humains auraient été beaucoup plus marqués, et beaucoup plus reconnaissable. Par la distance qu’Art Spiegelman instaure en dessinant des animaux, il nous donne la possibilité de lire son histoire en nous évitant un trop grand choc émotionnel. De plus, comme ce sont des souris, on voit rarement leurs lèvres : les Juifs ont ici l’air étrangement silencieux au milieu de toute cette horreur…

La réputation de Maus n’est pas surfaite. C’est une bande dessinée très riche, très bien dessinée, très bien menée. Soixante ans après, c’est une histoire à faire lire au maximum de personnes possible, pour que la mémoire ne se perde pas… Les derniers survivants se font de plus en plus rares. Maus, en plus d’être riche, est donc d’autant plus précieux.

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Publié dans Inclassables

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